Colloque géographie des solidarités | Quand les solidarités font territoires. Interroger les géographies du lien social à l'aune de la crise globale

  • Date : Du vendredi 3 décembre 2021 au samedi 4 décembre 2021
  • Lieu : Université d'Orléans
  • Organisateur : L’Association de Géographes Français, Le Centre d’Études sur le Développement des Territoires et l’Environnement de l’Université d’Orléans et CENTRAIDER

Description

Incontestablement, s'installe en France une vision pessimiste des territoires et de la société (Gauchet, 2016 ; Guilluy, 2015, 2016, 2018) qu'étayent, avec de nombreuses nuances néanmoins (Grésillon et alii, 2016), les statistiques sur l'accroissement des inégalités socio-spatiales, et ce à toutes les échelles, ainsi que celles des violences sociales et culturelles (mouvement des Gilets jaunes, crise migratoire…). Pourtant, s'il ne s'agit pas de nier ces difficultés que la multiplicité des crises (crise financière de 2008, sanitaire de 2020 et 2021…) exacerbe, elles sont à relativiser si l'on compare la France à d'autres pays du Nord comme du Sud (inégalités moins fortes, présence d'un État protecteur plus importante) et enfin – et surtout – elles masquent un formidable engagement des habitants eux-mêmes, des Collectivités, dans la solidarité et dans la construction d'un vivre-ensemble qui fondent l'identité
de nos territoires, et, d'une certaine manière, le modèle français. S'ils subissent des transformations continues et profondes (chômage structurel, vieillissement des populations, retour de l'insécurité sociale…), les mécanismes de solidarité, sur un fond de désengagement de l'État (Aguilera et alii, 2020), ou du moins de recomposition des politiques publiques sociales, sont en quelque sorte renouvelés par la récurrence des crises. L'engagement des collectivités territoriales et de beaucoup de citoyens dans la transition écologique (villes en transitions, tiers-lieux, COP régionales, circuits courts alimentaires et énergétiques -Pierre, 2013 ; Mazaud et Pierre, 2019 -…) ravive les solidarités et anime l'espace tandis que de nouveaux idéaux territoriaux et sociétaux émergent : justice environnementale (Larrère, 2009), justice spatiale (Bret et alii,, 2010 ; Gervais-Lambony, 2009)), justice alimentaire (Slocum et alii, 2016), humanité environnementale, communs (Alix et alii, 2018 ; Ostrom, 2015), économie sociale et solidaire (Draperi, 2014, 2017 ; Laville, 2016, 2019), altérité des liens homme-nature (Blandin, 2018 ; Bourg, 2018), notion de terrestres (Latour, 2012, 2017). Ainsi, comme l'affirment une des dernières rencontres de Cerizy en juillet 2019 (Bucolo et alii, 2019), « nous sommes rentrés dans une sorte de nouvel âge des communs, celle de l'enracinement des communs dans la société, de leur extension à des domaines sans cesse élargis de la vie sociale ».

Or, si la notion d'égalité a été abordée par les géographes (Estèbe, 2015), celle de solidarité reste peu explorée, ou alors très récemment (Bioteau, 2018 ; Dragan, 2016), à la fois en termes de réseaux d'acteurs et de spatialités. C'est donc vers cette France des solidarités que nous nous penchons dans cette Journée organisée par l'Association de Géographes Français, par le laboratoire CEDETE de l'université d'Orléans et par le réseau régional multi-acteurs CENTRAIDER. Au moment où l'INSEE produit des études indiquant que 4 Français sur 10 sont membres d'une association (Burricand, 2016 ; Reynaert, 2016) qui, dans de nombreux domaines (alimentation, sport, culture, environnement, santé, humanitaire, solidarité internationale…) créent toutes du lien social et sont souvent les laboratoires d'innovation sociales ou économiques (Laville, 2019, 2020). Ces actions associatives sont la plupart du temps étudiées par thématiques : monographie d'associations caritatives comme ATD Quart Monde, Emmaüs, Les Restos du Cœur, France Handicap, Sport sans Frontières, Peace and Sport…, d'ONG environnementales comme Greenpeace, WWF, FNE, Amnesty International, …, évaluation des politiques publiques pour les dispositifs d'encadrement de la pauvreté (RMI, RSA) ou de la santé (aide à l'enfance des Conseils départementaux). Si elles font l'objet de travaux scientifiques dans des revues disciplinaires très pointues (en sociologie et en économie, notamment), elles ne présentent jusqu'à aujourd'hui aucun ouvrage de synthèse rassemblant et confrontant l'ensemble des actions de solidarités présentant, à différents niveaux géographiques, les
effets localisés de la présence des structures et des actions en matière d'engagement citoyen. De même, les effets structurants de la solidarité sur les territoires (cohésion sociale, construction d'identités, bienfaits économiques…) ne sont que très rarement interrogés.

L'objectif de ce colloque « Quand les solidarités font territoires. Interroger les géographies du lien social à l'aune de la crise globale » est donc de préciser en quoi les solidarités sont liées au développement local et en quoi elles contribuent à modeler des territoires spécifiques. Qu'est-ce qu'un « territoire solidaire », comment les différentes solidarités locales autour de diverses ressources (santé, énergie, logement, emploi, alimentation, culture…) s'y combinent-elles ? En quoi font elles systèmes et pas seulement remèdes aux crises écologiques, démocratiques et sociales ? Peut-on repérer si ce n'est des types mais du moins des configurations de territoires solidaires selon les situations géographiques (milieu urbain, péri-urbain, rural proche ou lointain), selon les échelles (du quartier à l'agglomération, de la petite ville à la métropole, du village au bourg), selon les fondements solidaires retenus (l'agriculture, l'alimentation, l'écologie, la culture, l'intégration des populations en marge, la lutte contre la pauvreté, l'aide au développement…), selon enfin les dispositifs organisationnels choisis (tiers lieux, coopératives, communautés, associations villageoises ou de quartiers, organismes appuyés par des politiques publiques…) ? Comment s'articulent les différentes échelles territoriales des solidarités, de la petite communauté d'êtres vivants reliés par un projet de vie dûment ancré dans un espace étroit, aux courants universalistes planétaires comme l'écologique, le numérique, le démocratique, l'aide au développement et la coopération décentralisée ? Pour ces deux derniers domaines, en quoi l'engagement des structures, très majoritairement associatives, impliquées dans le
développement local des pays du Sud crée-t-il en retour des dynamiques territoriales dans les collectivités territoriales des régions françaises (CENTRAIDER, 2017). Existe-t-il un translocalisme des solidarités qui, entre mondialisation et localisme, est susceptible de susciter une intelligence commune du développement local ? A contrario, ce déploiement spatial des solidarités est souvent, et paradoxalement, à l'origine de conflits entre les différentes composantes sociales d'un territoire. Quels sont-ils ? Quelles tensions se greffent autour des solidarités internes (jardins partagés, résidences fermées, Gated Communities) quand elles sont ressenties ou débouchent sur des processus d'exclusion conduisant à une fragmentation socio-spatiale ? Comment, pour éviter cet écueil, les solidarités cimentent elles autour d'un projet commun des groupes humains socio-culturels disparates et éloignés ?

En évoquant toutes les formes institutionnelles et citoyennes d'actions et de dispositifs en matière de solidarité, en privilégiant les entrées spatiales, et notamment les liens entre solidarité et développement local, il s'agit de présenter les territoires sous des jours plus cléments. Cette réflexion sera conduite dans une perspective européenne et internationale,
l'objectif étant de comparer les expériences solidaires engagées en Europe, et notamment en Roumanie et en Italie, celles lancées dans les pays du Sud, et notamment en Afrique de l'Ouest, au Maghreb et en Inde, avec les projets nationaux afin de mieux en révéler les singularités et de réfléchir en termes de transferts de modèles solidaires. Trois thèmes rythmeront les contributions attendues qui s'organiseront en sessions plénières et en divers ateliers (à définir après réception et sélection des propositions).

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Créé le 16 novembre 2018, sous statut d'association Loi 1901, le Réseau Bretagne Solidaire (RBS) est le 12ème réseau régional multi-acteurs (RRMA) au service des acteurs bretons engagés dans des projets de coopération et de solidarité internationales. Sa vocation ? Accompagner les acteurs associatifs, publics, économiques et institutionnels dans leur politique de coopération internationale et leurs projets de solidarité internationale, en favorisant les échanges, le travail collaboratif, le renforcement des compétences et la valorisation des initiatives.

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